Journée de la #VieConsacrée : « C’est Dieu qui nous mène »

Quoi de mieux, en cette journée mondiale de la Vie consacrée, que de vous proposer ce portrait, rédigé pour la revue Lien Hospitalier, de Frère Olivier, qui fête cette année 50 ans de vie religieuse…


 

Bientôt 80 ans, et toujours bien actif ! Avec 100 idées à l’heure, Frère Olivier Bonnaud n’est pas du genre à s’arrêter, même si la fougue d’une jeunesse mouvementée a peu à peu laissé place à la sagesse d’un autodidacte à la fois ambitieux et confiant dans le fait que « c’est Dieu qui conduit. »

En parlant avec lui, on n’a pas de mal à imaginer le jeune Olivier, né le 27 août 1935 à Paris, habitué par la solitude du fils unique, se promener seul à vélo dans le cimetière de Bagneux. Mais très vite, il entre dans la vie active. A l’âge de 15 ans, le BEPC en poche, il est embauché dans une imprimerie où il développe son goût pour le travail précis, comme la gravure et le dessin. En même temps, il découvre le monde impitoyable du travail et s’engage en politique, avec toute la folie de sa jeunesse, au côté d’autres jeunes « révoltés » par une société qui les oublie un peu trop. « Quand on est jeune, on a besoin de choses qui nous engagent, qui nous motivent, qui nous dynamisent », raconte celui qui s’est alors laissé embarqué dans un voyage en stop jusqu’au Portugal pour découvrir la vie. Aujourd’hui, il fait le même constat et reste persuadé qu’un jeune qui veut entrer dans la vie religieuse « sera davantage attiré par une mission qui le pousse à se donner à fond, comme en partant en mission à l’étranger, plus que par un apostolat coincé par des normes et des règles. Il faut avoir cheminé un certain temps pour être capable d’intégrer le fonctionnement actuel de nos établissements dans lesquels nous œuvrons », reconnaît celui qui a lui-même passé 12 années Outre-Mer avant d’assumer des responsabilités au sein de la province. « Au retour on est davantage à même de réaliser plein de choses et de se donner dans un environnement qui n’y est pas forcément favorable. »

Frère Olivier Bonnaud

Frère Olivier au moment de sa profession

« Toute vocation est question de cheminement », confie aujourd’hui Frère Olivier, après bientôt 50 ans de vie religieuse. Pour lui, ce cheminement a commencé au cours de son service militaire. Alors qu’il se préparait à partir pour deux années sous les drapeaux en Algérie, en 1956, il rencontre le père dominicain Olivier de la Brosse (qui deviendra par la suite porte-parole de l’Eglise de France). Ayant sympathisé avec ce dernier, le jeune homme alors âgé de 21 ans trouve chez le dominicain un ami à qui confier ses questionnements, ses doutes, ses réflexions. « Je crois que Dieu nous envoie, tout au long de notre vie, des personnes pour nous aider à cheminer », reconnaît-il.

Mais c’est une autre rencontre qui sera le point de départ d’une nouvelle et grande aventure pour le jeune Olivier toujours en quête d’absolu. De retour en France, il trouve un travail dans une agence de publicité où il se lie d’amitié avec un collègue qui, un jour, lui propose de l’accompagner à Lourdes pour aider à pousser des personnes handicapées. « Nous voilà partis, en train blanc. Dans le wagon ambulance, il y avait des jeunes de la rue Lecourbe et au milieu d’eux, deux hommes en grande blouse blanche, avec un habit en dessous. Je n’ai pas tellement parlé avec eux à ce moment-là, ça ne m’intéressait pas particulièrement. Mais après Lourdes, avec les autres jeunes, on a eu envie de continuer ce qu’on avait vécu au cours de ce pèlerinage et on a alors décidé d’aller régulièrement au centre des frères de Saint Jean de Dieu de la rue Lecourbe. C’est comme ça que, tout doucement, ça s’est passé. J’ai demandé à loger chez les frères le week-end de temps en temps, je passais du temps à prier avec eux… » Jusqu’en 1965 où le trentenaire trouve enfin sa voie en entrant au postulat des frères.

Il suit alors le cursus officiel d’un jeune postulant à Dinan, qui devient novice après avoir pris l’habit le 11 février 1966, puis scolastique après sa profession temporaire le 26 avril 1967. Envoyé à Lille, il met les pieds à l’université pour la première fois, alors qu’il a 32 ans. Après une interruption d’une année au Croisic pour remplacer un frère souffrant, il revient à Lille où il passe son diplôme d’infirmier et finit son scolasticat en 1972. A ce moment-là, le Père Pancrace Gartiser, alors provincial, l’envoie s’occuper du service des grands de la rue Lecourbe, en remplacement d’un frère devenu trop âgé. C’est là que vont se révéler ses talents de gestionnaire et d’éducateur : il développe le service, monte un orchestre, transforme les dortoirs en chambres, s’entoure d’éducateurs et structure peu à peu le Service des grands apprentis.

Frère Olivier prononce ses vœux solennels en 1973. Le Chapitre provincial qui se déroule l’année suivante décide alors de l’envoyer comme supérieur de l’Ile de la Réunion, et directeur du CAT et du Foyer d’accueil occupationnel pour handicapés. Six années de vie simple qui l’ont marqué : « Qu’est-ce qu’on était heureux ! On vivait dans des cases en tôle et en bois, dans des conditions très simples, mais quel souvenir extraordinaire ! » Une aventure qui se poursuit, en 1980, à l’Ile Maurice où il va s’occuper des jeunes en formation et participer au développement de l’hospice de Pamplemousse que les frères venaient de reprendre des sœurs du Bon et Perpétuel Secours. « Il fallait tout faire ! » se souvient-il avec nostalgie. Son retour en France, en 1986, va se faire sur Paris, où il restera jusqu’à aujourd’hui, assumant successivement diverses responsabilités au sein de la province : conseiller, économe et provincial, en 2004. Il devient par ailleurs président de l’association de gestion de la rue Lecourbe. C’est à ces fonctions qu’il a lancé les travaux de rénovation et d’agrandissement du Centre médico-social Lecourbe en 2007, voyant la création de l’USEP et de la MAS. Puis il deviendra le premier frère à intégrer le Conseil d’administration de l’Association d’aide aux jeunes infirmes et personnes handicapées (AAJI).

Aujourd’hui, Frère Olivier continue de se rendre chaque matin dans son bureau de la rue Lecourbe et de suivre de près les activités de l’Ordre hospitalier dans le monde, notamment dans les missions. Avec un peu plus de sagesse qu’aux temps de sa jeunesse. Et une confession : « aujourd’hui, sachant ce que j’ai fait, ma manière de gouverner vis-à-vis des frères, si c’était à refaire, je serais certainement plus attentif à l’autre. » Ce grand homme à l’élégance qui semble éternelle, est persuadé que « dans la vie, c’est Dieu qui nous mène. Et l’expérience nous apprend qu’il faut savoir accepter nos défauts et nos misères. C’est sans doute comme ça que Dieu nous aime. »