L’espérance de la résurrection après Ebola

Frère Pascal Ahodegnon vient de passer 3 mois au Liberia et en Sierra Leone, les deux pays les plus touchés par le virus Ebola, où les Frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu possèdent deux des plus importants hôpitaux. Le conseiller général revient pour nous sur la situation et lance un vibrant appel à continuer d’aider ces pays qui renaissent tout juste de leurs cendres.

Frère Pascal, vous venez de passer plusieurs mois dans nos missions d’Afrique touchées par Ebola. Quelle est la situation sur place ?

Frère Pascal Ahodegnon : Aujourd’hui, la situation s’est améliorée, même s’il reste encore quelques foyers d’infection, heureusement sous contrôle, qui, de temps à autre font encore trembler les populations. La phase la plus dramatique des derniers mois a vu plus de 20 personnes mourir chaque jour du virus. Maintenant, la vie a repris un rythme normal, l’économie repart, bien qu’avec difficulté, et on commence à voir les écoles et bureaux publics rouvrir. Les structures hospitalières réouvrent elles aussi progressivement, mais avec beaucoup de prudence. Nos établissements ont déjà repris leurs activités il y a plusieurs mois (voir encadré ci-dessous, ndlr), tournés avant tout vers les plus fragiles : les femmes et les enfants. Des milliers de personnes ont déjà été soignées dans nos hôpitaux depuis la fin 2014. En sachant que quand nos hôpitaux étaient fermés, les frères et collaborateurs ont poursuivi leurs missions, mais autrement, en s’engageant auprès des populations locales notamment en visitant chez elles les familles mises en quarantaine. Un engagement qui se poursuit encore aujourd’hui.

Dans quel état d’esprit se trouvent les personnes que vous avez rencontrées, notamment les frères et collaborateurs qui ont été touchés par le décès de plusieurs d’entre eux ?

La mémoire de ces mois tragiques d’août (au Liberia) et d’octobre (en Sierra Leone) est encore très vive dans les c?urs des frères et des collaborateurs. Il ne faut pas oublier que les populations de ces deux pays viennent de traverser l’une des périodes les plus tragiques de leurs histoires, après les guerres qui les ont secoués dans les années 90. Un chemin de croix de 9 mois qui a vu la paralysie totale de toutes les activités et une peur omniprésente face à l’ennemi invisible ‘Ebola’ dont on ne savait pas qui serait le prochain touché. Aujourd’hui, tout à changé, il faut s’habituer à un nouveau rythme de vie, à de nouvelles exigences, à de nouvelles formes d’assistance, à de nouveaux protocoles dans l’approche des personnes assistées. Avec une douleur encore fortement présente mais sans aucun ressentiment, ils poursuivent leur mission au service des populations les plus démunies avec la ferme volonté d’aller de l’avant et de continuer l’?uvre initiée par les frères il y a plusieurs décennies dans ces pays.

Alors que nous nous apprêtons à fêter Pâques, peut-on parler de « résurrection » pour les populations locales et pour les établissements Saint Jean de Dieu ?

Ce mois d’avril qui commence va être fondamental pour ces populations qui recommencent à peine à vivre et qui coïncide avec un moment spécial pour nous dans l’Eglise, la fête de Pâques. C’est en effet le temps de la Résurrection, le temps de la renaissance à une vie nouvelle après un passage douloureux. Tout renaît avec le Christ ressuscité, unique espérance aujourd’hui pour les populations de la Guinée, de la Sierra Leone et du Liberia qui ont beaucoup perdu. Les plaies du chemin de croix récent sont encore ouvertes, mais la joie d’être libérés de cette épidémie nous pousse à nous consacrer encore plus aux malades et aux plus démunis.

Quels sont les besoins auxquels les Frères doivent aujourd’hui faire face sur place ?

Actuellement, nous sommes dans la phase post-épidémie, une phase qui reste critique avec la présence de quelques cas sporadiques qui peuvent encore être dangereux pour tout le système sanitaire et les populations. Mais nos structures hospitalières sont désormais protégées et équipées pour soigner au mieux les malades et limiter au maximum la propagation du virus. Nous devrons rester attentifs encore plusieurs mois, ce qui sera d’autant plus dur que nous avons perdu des figures professionnelles importantes dans nos établissements (directeurs, médecins, etc.), fragilisant de fait nos équipes. Des volontaires sont venus les soutenir en offrant un service remarquable ces dernières semaines, mais ils vont bientôt partir et qui les remplacera ? Nos communautés ont également besoin d’être renforcées, et des ressources financières vont devoir être trouvées rapidement pour assurer la continuité des soins dans un pays dont l’économie a été mise à genou. Nous devons penser maintenant à la suite en analysant des conséquences inattendues de l’épidémie : pauvreté extrême, nombre croissant d’orphelins, etc. Finalement, l’épidémie est terminée, mais nous ne devons pas pour autant croire que tout est fini, au contraire !

Gardons confiance dans la Providence. Je tiens d’ailleurs à remercier de tout c?ur tous ceux qui nous ont déjà aidés d’une manière ou d’une autre à combattre Ebola. Mais les besoins sont encore énormes ! Que saint Jean de Dieu nous soutienne et que le Christ ressuscité illumine notre vie pour que nous soyons témoins de sa Résurrection auprès de nos frères malades et de ceux qui ont moins que nous.

Propose recueillis par Antoine Soubrier

 

La situation de nos hôpitaux au Liberia et en Sierra Leone

‘    L’hôpital Saint Jean de Dieu de Monrovia (Liberia) a rouvert ses portes le 24 novembre 2014 avec la collaboration de nombreuses organisations internationales comme la Croix Rouge internationale et l’organisation américaine Catholic Relief Services. Depuis, 2500 patients y ont été soignés et 250 bébés y sont nés. L’hôpital est devenu un centre de référence pour les pathologies maternelles et infantiles avec un système de protection extrêmement poussé pour protéger les patients et le personnel sanitaire.
‘    L’hôpital de Lunsar (Sierra Leone) est quant à lui ouvert au au public depuis le 6 janvier dernier, mais seulement pour les activités ambulatoires, avec le soutien technique de l’International Medical Corps qui s’occupe du tri des patients avant leur entrée à l’hôpital, toujours en vue de protéger les patients et le personnel. Le personnel sanitaire envoyé par l’Union africaine (médecins, infirmiers, techniciens…), ainsi que l’aide significative de l’organisation italienne Médecins avec l’Afrique et de volontaires espagnols, viennent également compléter nos équipes. Depuis début février, des milliers de patients sont déjà venus se faire soigner, même si de trop nombreuses personnes ont encore peur de venir à l’hôpital, dans la crainte de se faire contaminer.