Entretien avec Frère Joaquim Erra i Mas

Frère Joaquim Erra i Mas est à la fois conseiller général de l’Ordre hospitalier et membre du Conseil d’administration de la Fondation Saint Jean de Dieu. Il préside le 104e Chapitre provincial de France au nom du supérieur général. Rencontre.

Vous enchaînez les chapitres à travers le monde, en tant que conseiller général. Est-ce que tous les chapitres se ressemblent ?

Heureusement, non ! Même s’il est vrai que sur la forme on retrouve un fonctionnement à peu près similaire, chaque chapitre a sa particularité propre au style de la province. Et c’est bon signe ! C’est un moment qui montre la réalité de la province et il est normal que chacun ait sa propre dynamique, ses enjeux, son ambiance, influencés notamment par la culture du pays. Personnellement, je vis chaque chapitre comme une nouveauté, avec ses richesses et ses particularités. Car c’est justement dans la complémentarité de ses provinces que se vit le dynamisme de l’Ordre hospitalier.

Chaque chapitre doit être un moment fort de la vie d’une province…

Oui bien sûr, même s’il faut préciser qu’un chapitre n’est que la partie immergée de l’iceberg. J’aime bien dire qu’un chapitre commence au moment de la convocation, c’est-à-dire très en amont des quelques jours de rencontre que nous vivons ces jours-ci et qui ne sont que le fruit de plusieurs mois d’une préparation intense entre frères, mais aussi avec les collaborateurs. De nombreuses réflexions ont déjà été entreprises au sein des communautés et des contenus très riches ont été produits, permettant au chapitre en lui-même de se vivre plus sereinement que s’il fallait tout condenser en quelques jours. Ce qui serait d’ailleurs contre-productif et irresponsable au vu des enjeux de la province de France.

Quels sont ces enjeux selon vous ?

Du côté de la vie des communautés, les frères de France et de Madagascar vivent une période très intéressante par rapport à leur avenir. Je pense en particulier à la réflexion concernant un rapprochement possible entre provinces européennes, les questionnements sur le sens de la vie communautaire, ou encore le travail qui a été réalisé à Madagascar et dont les frères commencent à récolter les fruits. Le défi est de savoir comment poursuivre la vie de la province avec des communautés plus petites et des frères plus âgés, mais qui peuvent continuer de donner un témoignage non pas tant au travers de leurs actions mais davantage de leur manière d’être. Nous ne devons pas idéaliser, mais nous aimer avec notre réalité, accepter que nos communautés et nos établissements offrent beaucoup d’opportunités, mais présentent aussi des faiblesses. C’est comme ça qu’on trouvera notre force.

Du côté de la Fondation, la période est tout aussi passionnante, en particulier avec le regroupement de plusieurs établissements congréganistes. L’Eglise a perdu beaucoup de temps à fonctionner chacun de son côté. Un charisme n’est la propriété de personne. Notre intérêt, ce n’est pas notre nom, c’est la vie des personnes que nous accueillons et le témoignage que nous pouvons apporter dans le monde de la santé. La Fondation Saint Jean de Dieu, avec cette ouverture progressive à d’autres réalités, doit consolider et pérenniser cette présence d’une manière professionnelle, tout en faisant participer les personnes accueillies au développement de nos structures. Je suis sûr que nous porterons beaucoup de fruits si nous sommes capables de faire ce travail ensemble, frères, collaborateurs, bénévoles et personnes accueillies.

Comment voyez-vous l’avenir de la province de France ?

Je suis plein d’espérance, notamment en raison des particularités que je viens de citer. Je suis convaincu que la province est en marche vers quelque chose de positif pour le futur. Il va falloir poursuivre ce chemin entre frères et collaborateurs de façon à consolider la base. Nous ne pouvons plus travailler seuls et avons besoin de l’engagement de chacun pour envisager l’avenir de l’Ordre. Un très bon travail a été fait entre frères, le conseil d’administration de la fondation et la direction de la fondation. Mon souhait est que ce travail continue, en lien avec la réflexion synodale demandée par le pape François. Il reste encore beaucoup de travail, mais la dynamique engagée est très positive et pleine d’espérance !